Canal de Gap

Histoire

Historique du Canal de Gap

L’histoire des canaux...souvent une histoire d’hommes.

Difficultés financières de 1934 à 1950

En 1934, les prix des matériaux étaient les suivants : ciment, 260 francs la tonne prise à GAP, le sable 60 francs le mètre cube. le maçon était payé 38 francs la journée et le manœuvre 27 francs.

En 1946, le ciment vaut 3 000 francs la tonne, le sable 675 francs le mètre cube , Les transports sont passés, pour 5 tonnes de 250 francs à 1 500 francs. Il faut donc compter que les travaux coûtent au moins 10 fois plus cher qu’en 1934.
D’un autre côté, les charges du canal se sont terriblement accrues ; dans l’établissement du budget de 1947, nous avons été obligés de prévoir 100 000 francs pour l’assurance contre les accidents, 160 000 francs pour les allocations familiales, 1 350 000 francs pour le salaire du personnel fixe et auxiliaire...


Que faire face aux annuités d'emprunts

  • travaux des Nivouls, emprunt de 500 000 francs à 3 %, amortissement à 30 ans, annuité 28713.15 francs ;
  • grosses réparations, projet 1941, emprunt de 1 226 000 francs à 1 %, amortissement à 30 ans, annuité 55 557 francs ;
  • emprunt pour les travaux du Buzon, 6 000 000 de francs à 3%, amortissement à 25 ans, annuité 344 520 francs.

C’est donc une charge de 2423 francs par hectare et par an pendant environ 25 années.

Le budget de 1947

Si de nouvelles augmentations ne se produisent pas, il sera équilibré grâce à une taxe de 2 000 francs par hectare. Faisons remarquer que cette taxe était en 1939, de 250 francs ; même en se basant sur le coefficient 10, on devrait payer en 1947 l'équivalent de 2 500 francs. Espérons qu’il n’y aura pas lieu de faire appel à un rôle supplémentaire ; il faut savoir faire les sacrifices nécessaires.

Le maçon gagnait 5 francs de l’heure, le manœuvre 3 francs en 1946.

Nous pensons que, à tout prix, les arrosants doivent assurer l’entretien de l’ouvrage mais il paraît difficile de contracter de nouveaux emprunts. Si nos agriculteurs ne sont pas exempts de reproches, il faut bien constater que la responsabilité de l’Etat est engagée. Pourquoi cette méconnaissance des difficultés à vaincre, ces crédits donnés au compte goutte, ces changements dans la direction du Canal dans les moments critiques.

 

« L’application de la loi du 21 juin 1863, sur les associations syndicales, ne peut assurer la bonne marche d’une organisation aussi étendue que celle du canal de GAP ; ses participants sont dispersés sur un trop vaste territoire pour qu’ils puissent se rendre compte de ce qui se passe ; très peu d’entre eux connaissent le canal. »

écrivait le Syndic-Directeur.

Il faut trouver une aide pécuniaire

Canalisations 1951Canalisations 1951Busage du Buzon

De gauche à droite : 1 et 2/Canalisations 1951 - 3/Busage du Buzon

Raisonnablement, on ne peut pas s’adresser au Conseil Général, le budget étant écrasé par l’entretien d’un département qui pour une  superficie de 558 960 hectares n’a que 125 000 hectares cultivables. La ville de GAP nous aidera, nous le savons, mais cela n’ira pas loin. La Chambre de Commerce devrait faire un effort annuel car elle a un intérêt majeur à la prospérité agricole. Mais c’est surtout à l’Etat que nous pensons nous adresser.

Les désidérata du conseil syndical exprimés aux hautes autorités de l'état

« Les eaux de la Durance et du Drac prennent naissance dans notre département. La Durance comme le Drac fournissent chacun la force motrice à cinq usines importantes, puis leurs eaux vont fertiliser une partie de la Provence et une partie du bassin inférieur de l’Isère.

La Durance fournit à Marseille l’eau d’alimentation et d’usage domestique.

La taxe d’arrosage est dans la Crau de 600 francs l’hectare, alors qu’elle est de 2 000 francs dans les Hautes-Alpes.

Notre département se voit, à tous instants, raviné par les eaux sauvages qu’il produit ; est-il juste qu’il voit ses eaux captées pour fournir l’énergie à la France entière sans compensation pour lui ; est-il juste qu’il voit ses eaux assagies alimenter avec largeur les habitants de la deuxième ville de France et porter leur puissance fécondante sur les fonds inférieurs de ceux qui resteraient indifférents à nos misères.

Si les départements de montagne sont utiles à la communauté française, il ne faut pas les traiter en parents pauvres mais les aider avec méthode et d’une façon efficace. Si le Canal de GAP qui arrose le territoire le plus agricole du département et qui alimente de nombreuses sources est utile, il faut l’aider à vivre ; il est sur le point de disparaître, comme ses deux devanciers.

Nous devons aussi attirer l’attention des pouvoirs publics sur un procès qui dure depuis 35 ans. Le concessionnaire puis l’association syndicale avaient escompté sur les ressources que le Canal pouvait tirer de la force motrice produite par les chutes d’eau que l’on peut utiliser sur son parcours. En 1907, celles-ci avaient fait l’objet d’un contrat avec une société qui s’engageait à entretenir la branche mère et les deux branches secondaires jusqu’aux chutes à équiper. Le droit acquis par cette société fut repassé à l'U.N.I.E. qui n’a exécuté aucun travail et ne paie aucune redevance. Un procès est engagé depuis 1911 mais voici que, maintenant, « l’Electricité de France » a la haute main sur l’utilisation des chutes. Nous demandons instamment à ce que la question qui nous préoccupe soit mise au point le plus rapidement possible."

Le Comité Syndical de l’Association Syndicale du Canal de GAP.
GAP, le 25 novembre 1946.